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Un festival qui décoiffe!

  • Photo du rédacteur: Marie Delagrave
    Marie Delagrave
  • 23 janv.
  • 8 min de lecture


Mon séjour à Sofia, en Bulgarie, a été très intense, tel que le laissait présager le programme d'activités du 9e festival Punto y Raya, pour lequel ma vidéo expérimentale Métavers II - Pulsation avait été sélectionnée.


Du 3 au 7 décembre 2025, j’ai visionné plus de 125 petits films (durée: entre une et presque huit minutes chacun), assisté à six classes de maître et à quatre performances, en plus des soirées d’ouverture et de fermeture. Je suis aussi parvenue à visiter - un peu - la capitale en dépit du temps très gris mais pas glacial. Et tout ça avec un gros rhume, vraisemblablement attrapé dans l'avion. Crevée, je suis revenue, mais vraiment contente d'avoir osé vivre cette expérience de six jours là-bas.


Écrire me permet de réfléchir tout haut. C’est particulièrement le cas pour ce billet de blogue, alors que la décantation de mon séjour bulgare a pris quelques semaines à se déposer en idées plus claires.


Il s’agissait de mon premier festival en tant que participante. Une vingtaine d’autres artistes ont eux aussi pris la peine de se déplacer à leurs frais pour l’occasion. Si c’est plus facile lorsque l’on est Européen, d’autres venaient d’aussi loin que de Colombie, du Japon ou d’Australie.


Ma première impression, lors de la soirée d’inauguration?

Comme une espèce de soulagement de m’apercevoir que…


Je ne suis pas seule.

Pas seule, dans le sens de: il existe d’autres passionnés qui passent eux aussi des heures à créer, la plupart du temps en solitaire, des «images qui bougent». Pas seule aussi à vouloir profiter de ce panorama de l’animation expérimentale tant visuelle que sonore provenant des quatre coins du monde.


Comme je l’ai raconté dans mon précédent billet (Sofia, me voilà!), Punto y Raya (PyR pour les intimes!) est un festival unique au monde car spécialisé dans l’art abstrait en mouvement.


Les 99 films faisant partie de la sélection officielle offraient un bon éventail des techniques d’animation auxquelles les artistes peuvent faire appel, qu’elles soient traditionnelles ou numériques, employées seules ou combinées. A-t-on besoin de connaître toutes ces façons de faire pour apprécier ce qui est projeté? Bien sûr que non! Mais lorsque l’on est une artiste curieuse (comme moi!), cela suscite toutes sortes d’interrogations, de supputations, d’étonnements aussi.



La bande-annonce du PyR constitue déjà une expérience en soi car constituée d'extraits
de seulement trois secondes (!) des 99 films en compétition. Durée: 6:31.

Je n’ai pas tout aimé, loin de là, mais ciel! Visionner autant de films lors d’un festival fait beaucoup réfléchir à son propre travail ainsi qu’à sa démarche. C’est… hyper stimulant. Et confrontant aussi. Normal.


Les procédés qui m’ont interpelée


La preuve que je suis encore néophyte dans le domaine de l’animation: c’est seulement lorsque j’ai rempli le formulaire de soumission pour ma vidéo que j’ai appris dans quelle catégorie je me situe, soit le CGI, ce qui veut dire Computer Generated Imagery (en français: imagerie générée par ordinateur). Pourquoi? Parce que j’utilise Blender, qui fait partie d’un ensemble de logiciels permettant de créer des images en mouvement entièrement numériques, en deux ou en trois dimensions.


Même si je me plains (!) régulièrement de la complexité de Blender, je le trouve nettement moins chronophage que le «stop motion» (animation image par image). Dans cette technique plutôt ancienne mais encore prisée par bien des artistes, on photographie séparément chaque étape du mouvement (il en faut habituellement entre 12 et 24 par seconde pour obtenir de la fluidité), ce qui exige une patience… d’ange! Je ne doute pas du caractère méditatif de cette façon de travailler, mais… mon tempérament ne s’y prête pas du tout.



Bande-annonce de Veils of Landscape (2025) de la jeune et timide Japonaise Chihiro Yamanaka,
qui fait de l'animation image par image à partir de sa peinture.

Ci-dessous: pour LINE II (2024), l'Italien Andrea Leoni (un homme charmant!) utilise pour sa part le dessin, en plus de composer lui-même sa musique.


Je pourrais davantage être tentée par la technique d’animation directe sur pellicule (par l’entremise du dessin, de la peinture et de la gravure/grattage sur le film 35mm lui-même, dans la lignée du pionnier canadien Norman McLaren), où même le son (ça, ça m’épate!) peut être dessiné à la main. Cela m’apparaît encore plus imprévisible et intuitif comme façon de créer, quoique, avec l’expérience…



L'artiste canadien d'origine britannique Richard Roger Reeves pratique l'animation directe sur pellicule depuis plus de 30 ans. Son film Fusion (2025) a remporté le 3e prix du 9e festival Punto y Raya. En voici un extrait de 30 secondes.


Dans cette vidéo, Reeves explique de quelle façon il a créé le son
(mais aussi les images) pour Fusion.

Ayant failli pouvoir m’initier à ce procédé l’an dernier (la formation a été annulée faute d’inscriptions), j’étais bien curieuse de découvrir ce qui peut être fait en «creative coding» ou code créatif, employé par plusieurs participants du PyR. Ça consiste à utiliser la programmation informatique comme un moyen d'expression artistique à part entière, comme l’indique Wikipédia; hé oui: l’algorithme sert de crayon ou de pinceau!


Le principe existe déjà depuis plusieurs décennie. Toutefois de nos jours, avec les ordinateurs de plus en plus puissants et abordables, les artistes n’ont plus besoin d’être des informaticiens pour créer les instructions qui elles, génèrent les images. De la rigueur mathématique jaillit la poésie visuelle: des lignes, des cercles et des carrés interagissent.


Je me suis demandé si cette esthétique géométrique (que je trouve personnellement un peu froide) était une contrainte du procédé. L’IA Perplexity m’a répondu ceci: «C'est délibéré: cela force le spectateur à se concentrer sur le mouvement, la transformation, l'interaction plutôt que sur le détail ornemental.»


Vrai que ça bouge beaucoup — et souvent très vite — dans les films en «creative coding»! Et lorsque s’y ajoute l’«audio reactive» (animation réactive au son), les formes se mettent littéralement à répondre à la musique: couleurs, mouvements et rythmes évoluent en temps réel. Ça décoiffe souvent, je dirais !



Dawn & Dusk (2023) de l'Espagnol Toni Mitjanit, fait autant appel au code créatif qu'à l'animation réactive au son. Cet artiste nous a présenté sa démarche, très intellectualisée,
lors d'une classe de maître.

D’ailleurs, question «décoiffage», je n’ai pas encore parlé du «flickering», qui consiste à utiliser des séquences très rapides et répétées d’images à contraste élevé (comme le noir et blanc) pour créer des effets stroboscopiques et d’autres phénomènes visuels qui jouent avec la perception.



VRD1, du duo portugais @C et de son compatriote Visiophone,
comporte des séquences de «flickering».

Plein les rétines et les tympans


Seriez-vous étonnés si je vous disais que le festival m’en a mis plein les rétines et les tympans? ...J’ose dire que certaines productions testaient la tolérance humaine aux bombardements de pixels et de décibels. Mais pourquoi aller jusqu’à l’insupportable, me demanderez-vous? Parce que c’est le propre des artistes en recherche-création de repousser les limites. Le divertissement du spectateur n’est pas tant la priorité que le désir d’explorer d’autres dimensions de l’expérience sensorielle, même si l’émerveillement ou d’autres émotions peuvent surgir. Heureusement d’ailleurs.


Oui, on est donc loin de l’univers de Disney et de Pixar. Ce qui explique, du moins en partie, pourquoi les spectateurs bulgares n’étaient pas au rendez-vous, alors que les activités du PyR lui étaient pourtant accessibles. Le festival a été fréquenté par des artistes, des étudiants et des professeurs en animation (Sofia héberge la principale institution d'enseignement supérieur en arts du théâtre et du cinéma de Bulgarie) et les bénévoles qui ont vu au bon déroulement de l’événement.


Moi qui aspirais à être «vue» par un public plus large, cela m’a quelque peu décontenancée. Toutefois, je dois admettre qu’à Québec, l’art expérimental n’est pas tellement fréquenté par Monsieur et Madame Tout-le-monde, alors…


Alors je regrette de ne pas l’avoir pressenti lorsque j’ai préparé ma petite présentation, programmée à l’invitation du PyR après la première (de six) séance de projection dont faisait partie ma vidéo. Car je destinais cette courte allocution de trois minutes à un public plus large, pas à des initiés.


L’anecdote que je racontais dans le but avoué de charmer l’auditoire est tombée un peu à plat. J’étais aussi déçue que cet aperçu de ma démarche (rédigé en anglais et pour lequel j’avais pratiqué la prononciation) ne m’ait pas permis d’éviter le bafouillage. Faut dire que je m’attendais à être installée sur une chaise et à pouvoir déposer ma tablette (où mon texte était affiché) sur un support quelconque. Mais l’esprit «bonne franquette» de l’événement a fait en sorte que je me suis retrouvée assise les pieds ballants sur le bord de la scène, à tenir le micro d’une main et mon iPad de l’autre, perdant ainsi le fil de ce que je voulais dire. Heu…


Je sais: je suis exigeante envers moi-même. Et je l’admets: personne par la suite m’en a fait le reproche! En fait, j’ai même eu droit aux félicitations de trois artistes. Cela dit, s’il y a une prochaine fois, je saurai mieux à quoi m’en tenir. (On appelle ça: l’expérience.)


Oh, j'allais oublier! Voir ma vidéo sur un aussi grand écran m'a en-chan-tée! Mais ces 3 minutes 18 secondes «de gloire» ont vite passé!



Métavers II - Pulsation (2025) en pleine projection à Sofia

L’oeuf ou la poule?


J’ai été surprise que la bande sonore des oeuvres projetées soit si contemporaine.


C’est que la question des droits d’auteur (mais heureusement qu’ils existent !) «complique» le choix musical: on ne peut pas utiliser gratuitement une composition tant que la personne qui l’a créée n’est pas décédée depuis au moins 70 ans. La musique dite classique répondant à ce critère, elle est donc une ressource appréciée des artistes en quête de trame sonore.


Pour ma part, j’ai la chance d’avoir un frère compositeur qui veut bien que j’utilise ses pièces (celles-ci ne sont pas créées spécifiquement pour moi).


Mais j’ai pu constater, au festival Punto y Raya, d’autres «solutions», particulièrement ingénieuses lorsqu’on a ce talent-là: certains participants sont d’abord des musiciens qui se plaisent à explorer l’animation. D’autres sont des artistes visuels créant eux-mêmes leur bande sonore. Ou encore ils collaborent avec des compositeurs en s’influençant mutuellement tout au long du processus.


Oui, je savais que ça existait bien sûr, mais je ne soupçonnais pas à quel point l’image et le son pouvaient se répondre de façon aussi étroite. Le jury du 9e festival Punto y Raya semble d’ailleurs avoir été sensible à ce dialogue créatif: les trois prix ont été attribués à des œuvres comportant ce type de synergie.



Petit coup de foudre personnel pour l’Allemand Marvin Hauck (à droite) et le Grec Giorgos Karamanlis, deux sympathiques trentenaires qui se sont connus lors de leurs études de maîtrise aux Pays-Bas. Pendant que Marvin créait ses séquences où sont photographiées de fines tranches de formes en cire (technique dite de strata-cut), Giorgos composait un univers sonore envoûtant. Résultat: le très organique States of Matter (2024), mon film chouchou
du festival, a remporté le 2e prix.

Professionnalisme et... gratitude


Si ce n’était pas déjà suffisant pour nourrir la réflexion, PyR comportait aussi des classes de maître, qu’on pourrait appeler plus simplement des conférences. Les six artistes invités à présenter leur démarche ont offert autant de panoramas diversifiés mais plutôt complexes, que je ne discuterai pas ici. J’avoue toutefois avoir eu un intérêt particulier pour l’approche multidisciplinaire de l’Australien Paul Fletcher: ce grand gamin dans la soixantaine prend un plaisir manifeste - et surtout sans prétention - à bricoler tant le son que les images et les objets, qu'il détourne de leur usage habituel. Rafraichissant et inspirant.


Et du coté des performances, j’ai eu un coup de coeur pour celle présentée par Myriam Boucher. Seule sur scène, dos à l’écran, elle «pianotait» ses appareils, affectant ses images au rythme de sa composition électronique. C’était «planant» comme j’aime!



Un court extrait de la performance de Myriam Boucher à Sofia, le 4 décembre 2025

Cette musicienne québécoise (que je ne connaissais pas du tout mais avec qui j’ai eu l’occasion de sympathiser) est spécialisée en art numérique, plus précisément en vidéomusique et en performance audiovisuelle, et enseigne à l'Université de Montréal. Souvent invitée à des festivals tant au Québec qu’à l’étranger, Myriam portait trois chapeaux à Sofia: ceux de conférencière, de performeuse et de membre du jury.


La programmation chargée et l’horaire des repas plutôt décalé ont fait en sorte que les échanges avec les autres participants ont été, pour moi du moins, assez limités. Cela dit, des artistes m’ont mentionné la grande qualité du festival Punto y Raya, comparé à d’autres événements du même genre qu’ils ont déjà fréquentés. Pour ma part, la qualité de l’accueil et le professionnalisme de l’organisation ont été impeccables. Je me trouve donc d’autant plus chanceuse d’avoir été sélectionnée par ce festival plutôt qu’un autre! Et plus encore (et au risque de me répéter): d'y être allée.


Un immense merci au trio organisateur, Noel, Ana et Sara, en souhaitant que nos routes se recroisent un jour.


Marie Delagrave



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