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La curiosité comme boussole

  • Photo du rédacteur: Marie Delagrave
    Marie Delagrave
  • 19 avr.
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours



J’ai flotté pendant plusieurs semaines sur mon nuage post-Sofia. Me voici maintenant en apesanteur pré-Liberec! Récit. Avec en prime ma plus récente création animée.


Pour rappel: ma vidéo Métavers II - Pulsation a fait partie de la sélection internationale du festival Punto y Raya, qui s’est tenu en Bulgarie début décembre 2025 et auquel j’ai décidé de participer. J’ai rédigé un copieux compte rendu de mon expérience dans mon dernier billet de blogue.


J’y reviens car je suis tombée par hasard sur Lines, le film qui a remporté le premier prix du festival. Normal que je ne l’aie pas trouvé avant la publication de mon article, car l’artiste allemand Martin Schmidt, du studio Raumkapsel Animation, ne l’a mis en ligne que début février. Alors, pour les curieux: il suffit de cliquer sur l'image pour voir ce qu'il en est. Et voici une présentation (traduite) du scénario: «Une bataille acharnée se déroule entre le rouge et le bleu foncé. Les frontières entre les couleurs vibrent de tension tandis qu'elles se battent pour leur survie.»


J’ai aussi trouvé le «making of» de States of Matter de Marvin Hauck et Giorgos Karamanlis, mon duo chouchou (!), qui a remporté le deuxième prix. Dans cette vidéo réalisée en début d’année, Marvin explique (en anglais) son processus de création, basé sur de très très fines tranches de formes en cire (technique dite de strata-cut). Fascinant!



Retombée sympathique


Une retombée fort sympathique de mon séjour à Sofia: l’artiste australien Paul Fletcher, avec qui j’ai échangé à quelques reprises, m’a contactée à mon retour au bercail pour me demander l’autorisation de projeter ma vidéo lors d’un événement tenu au centre d’art contemporain La Trobe Art Institute, à Bendigo en Australie. Paul y anime le collectif multidisciplinaire Music Image Time et le 8 mars 2026, il a discuté devant une quinzaine de pairs de sa participation au festival de Sofia et diffusé quelques films, dont ma vidéo.



«Pourquoi la mienne? lui ai-je demandé. Je n’ai rien remporté pourtant!» Paul a répliqué que mon approche de l’animation (discipline qu’il a enseignée pendant une vingtaine d’années) était différente, tout comme celle du logiciel Blender. Et ça, je ne peux pas le nier: à défaut d’une formation officielle en nouvelles technologies, j’utilise ma curiosité comme boussole. Ce qui m’amène à explorer différemment - je dirais même presque naïvement - ce qui se présente à mes yeux.


Aussi, Paul a indiqué qu’il appréciait que je pratique d’autres moyens d’expression (il est tombé sur mon compte Instagram - que je ne nourris plus depuis que j’ai mon propre site web, faute de temps - où il a remarqué mes modelages-nuages) ainsi que la collaboration musicale de mon frère Eric.


En résumé: j’ai été vue en Australie!

Et je le serai bientôt en Tchéquie. Hé oui.


Une deuxième sélection


Au cours des derniers mois (que ce soit avant ou après Sofia), j’ai soumis ma candidature à plusieurs festivals de films d’animation. Pas évident de connaître la ligne éditoriale et les critères de sélection propres à chacun d’eux…


J’ai reçu des refus, bien sûr. Et… une acceptation, ma deuxième en carrière! Cette fois par Anifilm, un festival international se tenant annuellement en République tchèque depuis 2010, d’abord à Třeboň puis à Liberec depuis 2020.


Cette manifestation est beaucoup plus généraliste (et donc plus «grand public») que Punto y Raya, qui lui est spécialisé en «art abstrait en mouvement».


Anifilm propose huit catégories en compétition - dont Abstraction and Non-Narrative Animation, qui me concerne - et la réalité virtuelle, ce qui a l’heur, je l’avoue, de titiller ma fibre curieuse. Le festival recevra aussi, dans la catégorie Short Films, The Girl Who Cried Pearls/La jeune fille qui pleurait des perles, de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, le duo canadien qui a récemment remporté l’Oscar du meilleur court métrage d’animation! Si vous n'avez pas eu l'occasion de le visionner sur le site de l'Office national du film, cliquez sur l'image.



Coïncidence? Je cherchais une destination en Europe pour y faire du vélo pépère ce printemps. Et Anifilm aura lieu du 5 au 10 mai. …Il n’en fallait pas plus pour que je succombe: notre voyage de couple débutera par Liberec, où je serai festivalière à temps plein (le conjoint est averti!). Puis, place au tourisme: Prague, vélo le long du Danube pendant neuf jours, et finalement Vienne. Beau programme, n’est-ce pas?


Après les fleurs… d’autres fleurs!


Oui, être sélectionnée me touche beaucoup. D’autant plus que les dernières années avaient été avares en signes de reconnaissance, mes demandes d’exposition ou de résidence étant toutes tombées dans le vide (sauf l’expérience de la photogrammétrie à la Chambre Blanche en 2023, qui nourrit encore mon travail). Mais je suis têtue. Ou persévérante, selon le point de vue. C’est pourquoi, comme le délai entre l’annonce de ma sélection à Anifilm et la tenue du festival le permettait cette fois-ci, j’ai osé faire une demande de bourse de déplacement au Conseil des arts et lettres du Québec.


J’écris: osé, d’abord parce que ça exige du temps et de l’énergie, mais surtout parce que, neuf fois sur dix, les artistes obtiennent un refus. Nous sommes nombreux — trop, peut-on croire, à voir la taille de la «tarte» budgétaire du ministère de la Culture. Mais! Je n’en reviens pas encore: j’ai obtenu la bourse!!! Celle-ci couvrira le billet d’avion, l’hébergement et les repas pendant la durée du festival. Alleluia!!!


Je suis immensément surprise et ravie. Mais ce n’est pas tant le montant que la reconnaissance qui me réjouit: un jury de pairs a étudié mon dossier et a estimé que mon projet numérique en valait la peine. Alors que je soupçonne souvent que l’âgisme influence les comités de sélection, voilà la preuve - ou l'exception? - du contraire. C’est… réconfortant, à une époque où la société n’en a que pour les artistes émergents de 35 ans et moins.


D’ailleurs, à ce sujet vient de paraître un article du site français alternatif-art.com intitulé Le système de l’art décourage-t-il les artistes d’âge mûr?, que plusieurs collègues partagent sur Facebook ces temps-ci. Pour ma part, je l’ai copié sur mon ordinateur, afin d’en souligner de nombreux passages, tellement ceux-ci sont d’une grande justesse, sachant faire la part des choses.


Extrait: «Il ne s’agit pas de nier la nécessité de soutenir les artistes émergents, bien au contraire, mais de constater qu’à force de célébrer l’émergence, on a parfois désappris à accompagner la persistance.»


Ça me touche car je connais bien des créateurs qui, encouragés à leurs débuts, se voient aujourd’hui délaissés au profit des plus jeunes.


Un autre extrait où je me sens plus directement concernée:

«Cette situation est particulièrement lourde pour les artistes qui ont commencé tard, repris leur pratique après une longue interruption (…). Le récit dominant dans l’art reste encore fortement attaché à la précocité, comme si le talent devait se manifester tôt pour être crédible, comme si l’audace avait une date limite, comme si la légitimité se construisait mieux dans l’élan que dans la reprise.»

Tellement bien dit!


Et pour en revenir à la fameuse bourse que j’ai obtenue: sachez que ce soutien financier exige - et c’est tout à fait naturel - un rapport d’utilisation. Il s’agit quand même en bout de ligne de l’argent des contribuables. Je devrai justifier ma participation au festival en étant active: que ce soit par des rencontres de réalisateurs, de programmateurs, l’identification de contextes de diffusion ou encore (mon intérêt privilégié) l’exploration du volet consacré à la réalité virtuelle, en lien avec mes aspirations en environnements immersifs. Du (bon) pain sur la planche!


Mission Klimt


Mais rien ne vaut la création comme telle. C’est pourquoi pendant cet hiver rigoureux qui n’en finit plus de finir, j’ai planché au chaud sur un projet de vidéo numérique qui je crois est enfin terminé. (Savoir quand arrêter de retoucher est un art en soi!)


Cela faisait un an que j’avais en tête d’animer un effet de nuages de points constaté dans MeshLab, un logiciel de traitement de modèles en 3D, comme par exemple des objets numérisés par photogrammétrie (mon cas). Sauf que moi, je ne voulais pas transformer mon objet, mais plutôt le regarder, et ce par l’entremise des filtres offerts. Une nuance importante qui a comporté un lot considérable de défis. Car c’est comme détourner l’usage premier de MeshLab. C’est bien mon genre: pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué…!


Cette dernière phrase se veut ironique, bien sûr. Mais disons que ma candeur devant la technologie n’est pas toujours adaptée aux fonctionnalités offertes.


Donc, l’an dernier, j’avais renoncé à explorer davantage MeshLab, surtout (mais pas que) en raison des capacités insuffisantes de mon ordinateur. Là, avec un appareil plus puissant, je me suis remise à la tâche, estimant qu’en faisant appel à l’intelligence artificielle comme soutien technique, j’allais enfin parvenir à réaliser la vidéo que j’avais en tête.


Ma naïveté m’étonnera toujours.


Car en dépit des différentes IA consultées (obsédée par mon objectif, j’ai fait appel à plusieurs d’entre elles), j’ai passé des heures, des jours et finalement près de trois semaines à me buter, encore et encore, aux limites de MeshLab puis de Blender, appelé à la rescousse pour tenter de reproduire, sans succès, l'effet recherché. Ce qui m’a frustrée (vraiment), c’est la ferme assurance exprimée par les IA que la solution était à ma portée, alors qu’il n’y en avait pas. J’ai ainsi appris (à la dure!) que l’intelligence artificielle peut effectivement confondre plausibilité et faisabilité. Conçue pour générer des réponses, l’IA enchaîne des contournements au lieu de simplement reconnaître qu’il s’agit (comme dans ma situation) d’un blocage de conception logicielle. Le parfait scénario où c’est la patience de l’utilisateur qui a le mot de la fin…


Cela m’a été confirmé par une récente infolettre de Marie Dollé:

«On a longtemps cru que la perfection de l’IA résidait dans son obéissance absolue. On découvre que son vrai manque, peut-être, c’est sa capacité à refuser l’obstacle.»

Joliment dit!


Alors, pour la vidéo que je fantasmais (!): j’ai utilisé la solution la plus simple mais la plus exigeante en temps, soit enregistrer de courtes séquences de mon objet-en-3D-que-je-ne-veux-pas-nommer en déplacement dans MeshLab à partir de l’écran de mon ordinateur, puis à les peaufiner, souvent de façon chirurgicale, dans le logiciel de montage. Je précise toutefois que ce n’est pas le temps mis sur une oeuvre qui garantit sa qualité...


Voici à quoi peut ressembler ce qu'on appelle la timeline:



Et dans ce cas-ci, chaque case se décompose en plusieurs plans.


Comme je suis encore en mode apprentissage, l'IA a su cette fois être de bon conseil pour résoudre des problèmes techniques... souvent engendrés par ma façon de travailler, insuffisamment structurée, ou encore par ma prudence (lire: peur de tout bousiller!). Anecdote: à force de répondre à mes multiples questions, ChatGPT en est venu à cette constatation, qui m'a fait sourire car il m'a bien cernée (ce qui est quand même troublant...):



Pourquoi le titre Mission Klimt? Klimt, c’est en référence au peintre symboliste autrichien (1862-1918) car l’effet visuel de MeshLab qui m’a tant charmée m’a rappelé ses motifs dorés. Le mot mission quant à lui est lié aux explorations spatiales: les constellations (ou plutôt leurs images captées par les sondes envoyées pour explorer l’univers) me font tout simplement rêver… Alors, ma vidéo propose un mystérieux voyage galactique, où seulement quelques indices peuvent évoquer de quoi il s’agit réellement. Et encore!


Pour soutenir mes images, il me fallait une musique envoûtante. J’ai trouvé deux pièces parfaites dans la discographie de mon frère Eric Delagrave. Il y utilise des échantillons de voix féminine, à partir desquels il a composé une mélodie plutôt mélancolique.


Bon visionnement!




Marie Delagrave


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